Je fus autant étonné de la sincérité et de la modération de ce Papiste véritablement pieux, que terrassé par la force de sa dialectique, et il me vint en ce moment à l'esprit que si une pareille modération était universelle, nous pourrions être touts chrétiens catholiques, quelle que fût l'Église ou la communion particulière à laquelle nous appartinssions; que l'esprit de charité bientôt nous insinuerait touts dans de droits principes; et, en un mot, comme il pensait qu'une semblable charité nous rendrait touts catholiques, je lui dis qu'à mon sens si touts les membres de son Église professaient la même tolérance ils seraient bientôt touts protestants. Et nous brisâmes là, car nous n'entrions jamais en controverse.

Cependant, changeant de langage, et lui prenant la main.—«Mon ami, lui dis-je, je souhaiterais que tout le clergé de l'Église romaine fût doué d'une telle modération, et d'une charité égale à la vôtre. Je suis entièrement de votre opinion; mais je dois vous dire que si vous prêchiez une pareille doctrine en Espagne ou en Italie on vous livrerait à l'Inquisition.»

—«Cela se peut, répondit-il. J'ignore ce que feraient les Espagnols ou les Italiens; mais je ne dirai pas qu'ils en soient meilleurs Chrétiens pour cette rigueur: car ma conviction est qu'il n'y a point d'hérésie dans un excès de charité.»

DIALOGUE

WILL ATKINS et sa femme étant partis, nous n'avions que faire en ce lieu. Nous rebroussâmes donc chemin; et, comme nous nous en retournions, nous les trouvâmes qui attendaient qu'on les fît entrer. Lorsque je les eus apperçus, je demandai à mon ecclésiastique si nous devions ou non découvrir à ATKINS que nous l'avions vu près du buisson. Il fut d'avis que nous ne le devions pas, mais qu'il fallait lui parler d'abord et écouter ce qu'il nous dirait. Nous l'appelâmes donc en particulier, et, personne n'étant là que nous-mêmes, je liai avec lui en ces termes:

—«Comment fûtes-vous élevé, WILL ATKINS, je vous prie? Qu'était votre père?»

WILLIAM ATKINS.—Un meilleur homme que je ne serai jamais, sir; mon père était un ecclésiastique.

ROBINSON CRUSOE.—Quelle éducation vous donna-t-il?

W. A.—Il aurait désiré me voir instruit, sir; mais je méprisai toute éducation, instruction ou correction, comme une brute que j'étais.

R. C.—C'est vrai, Salomon a dit:—«Celui qui repousse le blâme est semblable à la brute.»