Ma passion pour le dessin me fit esquisser ces différents scènes, un grand nombre de paysages et quelques animaux appartenant à ces climats, et je me composai un livre d'études, où je peignis la mer sous ses différens aspects de calme et de tempêtes, des vaisseaux avec tous leurs agrès, et en général tout ce qui tient au genre de la marine, si bien étudié et rendu par l'immortel Vernet; mais j'ai malheureusement perdu la plus grande partie de mes croquis, à la prise de la Grenade, où je fus blessé dans les rangs de ceux qui la défendaient et fait prisonnier; c'est alors qu'un officier anglais, qui fréquentait notre maison, et qui ne s'était nullement soucié de se battre, m'enleva mes dessins, et divers événements fâcheux m'ont privé dans la suite du peu d'esquisses que j'avais conservées; mais elles étaient peintes dans ma mémoire et j'en ai pu reproduire quelques-unes.
J'eus encore occasion d'aller visiter les isles de la Trinité et de Tabago, peu éloignées, surtout la première, des magnifiques bouches de l'Orénoque, et de parcourir une partie de la curieuse province de Caracas; ce voyage me rappela vivement le roman favori de mon enfance; l'imagination se joignit à la mémoire, et, de retour dans ma Patrie, je consacrai mes loisirs de Vevey à reproduire par le burin Robinson Crusoé, dans tout le détail de ses aventures.
Je ne suis entré dans le narré de ce qui me regarde personnellement que pour faire mieux sentir que mes dessins sont une copie fidèle de ce que j'ai vu et observé, tant pour le paysage que pour la marine, que j'ai étudiés l'un et l'autre avec autant d'ardeur que d'exactitude, et c'est d'après les meilleurs auteurs qui ont décrit les costumes et paysages de l'Inde, et de l'Asie septentrionale que j'ai travaillé pour la dernière partie de cet ouvrage; C'est, entr'autres, d'après le père Kircher, dans sa Chine illustrée, et le voyage de Lord Macartney, que j'ai puisé le dessin de la grande muraille. Quant à la gravure, on verra, sans que je le dise, que c'est l'ouvrage d'un apprentif, qui ne l'a apprise que de lui-même et sans le secours d'aucun maître.
Je finis par exprimer le désir que mon ouvrage réussisse à amuser et même à instruire, car je puis ajouter qu'il tend à développer l'industrie individuelle, en montrant de quoi un seul homme est capable, et à faire voir qu'avec de l'adresse et de la persévérance, on peut aller assez loin dans cette branche de technologie qui pourvoit à nos premiers besoins; c'est ainsi qu'alimentant une louable curiosité, on ne saurait lui refuser le mérite de joindre l'utile à l'agréable.
Robinson devant son Père, qui lui fait des remontrances sur son gout de courir le Monde, il lui prédit les malheurs qui lui arriveroient
Robinson escorté par un Marin son ami se décide à entreprendre son 1er Voye. par Mer
Le Vaisseau sur lequel Robinson s'étoit embarqué à Hull fait Naufrage dans la Rade d'Yarmouth. Robinson se sauve avec l'Equipage