— C’est bien ce que j’espère.

— Oh ! mon petit frère !… Papa le sait ?

— Pas encore.

— Il va en faire un chambard ! Et marraine… Elle sera furieuse contre toi.

— Écoute, Bette… Arrête tes prophéties. Leur réalisation manquera de gaieté. N’anticipons pas. Si je dois mourir sur l’échafaud, j’aime mieux qu’on ne me le dise pas d’avance.

— Dans notre famille, tout de même, c’est plutôt…

— Notre famille… Justement. On y fait trop de littérature. Je serai l’obscure exception. Jusqu’à ce crapaud de Lilie, que j’ai surprise l’autre jour, cachant un cahier qu’elle avait intitulé : Le Roman d’une poupée.

— Non !…

— Je l’ai ouvert, bien qu’elle trépignât de rage. Sais-tu ce que j’ai lu ?… Je t’épargne l’orthographe. « Les poupées ne naissent pas comme les enfants. On les achète très cher. C’est pourquoi les petits pauvres peuvent avoir de jolis frères et sœurs, mais n’ont jamais de belles poupées. »

Gilberte rit.