—C'est cela!... c'est vrai!... Une femme de l'Ukraine, dont les Russes eux-mêmes ne comprenaient pas le dialecte. Celle-là, d'ailleurs, elle a été bonne pour moi.
—Et Francine?... ma Francine... qu'on amena près de vous, les yeux bandés... Vous étiez mourante... Vous souvenez-vous?...»
Flaviana songea un instant. Non... elle ne revoyait pas une autre femme lui donnant des soins.
—«C'est Francine,—jeune fille alors,—qui a sauvé votre enfant.
—On m'a juré qu'il n'avait pas vécu. Boris, plus tard, m'a déclaré qu'il avait fait transporter le petit corps dans leur cimetière, sur leurs domaines, en Russie, et qu'on l'avait enterré sous le nom de Serge Dimitriévitch, prince Omiroff.
—Il lui reconnaissait donc son titre?...
—Pourquoi pas?... Ce n'est pas cela qui gênait Boris,—ce n'est pas, comme vous pourriez le croire, que le fils d'une danseuse entrât dans sa maison. Mais il convoitait l'héritage, la part du fils aîné.
—Je croyais,» objecta Raymond, «qu'en Russie le droit d'aînesse n'existait pas.
—Non, pas régulièrement. Mais souvent il s'établit par la volonté paternelle. Et, chez les Omiroff, il y a plus que la volonté d'un père. Il y a la tradition. Ou même, je crois, une clause de l'investiture faite par Ivan le Terrible. Le merveilleux château historique des Omiroff, en Ukraine, les terres qui l'entourent, toute une province, au bord du Dniéper, sont indivis, et appartiennent à l'aîné, tandis que les cadets sont dédommagés par de l'argent. Le tsar ayant confisqué à Dimitri cette sorte de majorat, ne l'attribuait pas pour cela à Boris. Mais mon mari, une fois réintégré dans ses biens, les choses reprenaient leur cours. Lui mort, son frère héritait,—s'il ne laissait pas d'enfant. Pensez, quel héritage!... surtout pour un viveur fastueux comme Boris, qui a déjà semé dans toutes les villes de plaisir du monde, les millions dont se composait sa part.
—Il savait donc, avant que vous eussiez mis votre fils au monde, que le prince Dimitri avait péri en Orient?