Flaviana courba la tête. Puis, presque aussitôt, elle la redressa d'un mouvement fier. Les boucles sombres frémirent autour de son front.
—«Nous verrons bien,» dit-elle. «Aujourd'hui même, j'irai trouver Boris. J'ouvrirai la lutte. Si bien armé qu'il soit, cet homme n'a pas la même force qu'une mère qui veut sauver son enfant.»
VII
LE VIEUX-MOUTIER
Devant le lourd hôtel de l'avenue de Messine, un coupé s'arrêta. Modeste voiture de remise, louée au mois, qui n'attira l'attention de personne.
Pourtant un marmiton,—douze ans peut-être, le nez en trompette, tourné à flairer constamment les bonnes choses en équilibre sur le crâne tondu—s'arrêta lorsqu'il vit descendre une longue, souple, silhouette de femme. Vêtue de noir, elle paraissait drapée dans les étoffes mouvantes, aux plis nobles. Sous son grand chapeau, son teint mat avait une pâleur chaude de camélia. La splendeur veloutée de ses yeux sombres se posa sur le regard hardi du gavroche à la veste blanche.
—«Bonjour, madame Flaviana,» dit-il, sans hésiter.
Quel gamin de Paris, flânant aux vitrines des papetiers, n'avait ardemment rêvé devant le portrait de la célèbre danseuse?
Elle eut un faible sourire,—triste, mais si indulgent, si doux!—et, traversant le large trottoir, elle pénétra sous la voûte.
La porte cochère était ouverte. Des copeaux d'emballage, des brins de paille, collaient, sur les dalles, aux traces noires et huileuses d'une auto. Le véhicule coupable de ces maculatures stationnait encore dans la cour, tout éclaboussé par la boue de ce jour d'hiver. Preuve d'une course assez intempestive, car il n'était guère plus d'une heure de l'après-midi.