—Pour longtemps?» demanda la jeune femme, essayant d'affermir sa voix.

—«Nous ne savons pas,» répliqua le cerbère,—non avec l'humilité de l'ignorance, mais avec l'ironie contenue de celui qui ne veut pas parler.—«Madame n'aura qu'à lire les journaux de ce matin. Son Excellence a fait passer une note.»

Flaviana, le cœur défaillant, sortit, fit quelques pas, très lentement, vers sa voiture.

Où aller? quelle décision prendre? L'idée de rentrer chez elle sans accomplir immédiatement une démarche pour retrouver son enfant, lui sembla odieuse, intolérable. Mais, en dehors d'une entrevue avec Omiroff, tout serait vain. Et maintenant quand verrait-elle Omiroff? Où était-il? Pouvait-elle courir après lui?... prendre un train?... le rejoindre?...

Un journal... Elle allait acheter un journal, pour lire cette note dont lui avait parlé le portier.

La danseuse, d'un coup d'œil, explora l'avenue. Où se trouvait le kiosque le plus proche? Elle en aperçut un à l'angle du boulevard Haussmann. Mais, comme elle se dirigeait de ce côté, sans même remonter en voiture, elle eut la surprise de voir accourir un jeune garçon qui, précisément, quittait ce kiosque, et brandissait le Petit Parisien, en le lui montrant, comme s'il venait de l'acheter à son intention.

Déjà elle avait remarqué sa physionomie bizarre, sous la voûte de l'hôtel Omiroff. L'adolescent l'y avait suivie, la regardant avec des yeux de braise. Peut-être allait-il la saluer par son nom, comme le petit pâtissier. Mais il s'était tu, intimidé sans doute par le portier rébarbatif. Lui aussi semblait avoir quelque chose à faire dans la princière maison. Puis, se ravisant, il en ressortait aussitôt. Habituée aux hommages naïfs des gamins de Paris, l'étoile attendait celui-ci, qui, prévenant son désir, s'était élancé pour lui quérir un journal. Pourtant elle s'étonnait du type sauvage: maigre figure aux traits basanés, busqués, larges prunelles de jais, svelte et souple corps de chat, leste à la course, mais gauche de gestes comme d'un très jeune homme poussé trop vite. La mise était médiocre: veston et pantalon disparates, usagés,—feutre mou, un peu roussi, et, autour du cou, une large cravate écarlate, masquant peut-être un linge douteux. Mais en quelle stupéfaction se changea le vague étonnement de Flaviana, lorsque ce garçon, lui offrant le Petit Parisien, chuchota:

—«La note est en avance. Le départ du prince a été simulé.»

Un cri de la danseuse:

—«Il est encore à Paris?