—«Tu peux me rendre service, Alexis,» dit-il. «Mais agis discrètement, car tu me ferais perdre ma place. Si tu te montres malin, je réponds de t'obtenir une position chez le prince. Une aubaine pour toi, puisque tu cherches du travail.
—«J'acceptai, comme bien vous pensez, madame,» continua le jeune garçon. «Alors il m'expliqua que le prince ne prenait pas le train. Lui seul, premier valet de chambre, partait, et devait l'attendre à Liége avec le bagage personnel. Omiroff, profitant de ce que tout le monde, et même sa maison, le croyait en route, courrait à un rendez-vous dans une maison de campagne voisine de Paris. On ne m'a pas dit «un rendez-vous d'amour», madame, ajouta le narrateur, croyant discerner l'émoi de la jalousie sur le visage troublé de Flaviana.
—Serait-ce?...» balbutia-t-elle inconsciemment. Et elle pensait: «Une démarche tellement secrète!... S'agirait-il de l'enfant qu'il a enlevé... Oh!... mais, c'est probable... mon Dieu!» Tout haut, la danseuse s'écria:—«Et vous savez, vous, où s'est rendu le prince? C'est là que vous me conduisez?... Nous y allons?...
—Je l'espère.
—Vous n'en êtes pas sûr?...
—Madame, ai-je eu tort?...
—Non... non!... Sur la moindre probabilité je serais partie... Ah!...»
Son regard, tendu en avant, dévorait l'espace. Elle n'écoutait plus que distraitement l'explication, d'ailleurs embrouillée, du Petit-Russien. Le valet de chambre du prince, informé au dernier moment, et à la gare même, qu'il devait se mettre en voyage sans son maître, n'aurait pas été fâché de faire prévenir un autre domestique, resté à l'avenue de Messine, et avec lequel il était particulièrement lié. La chose était d'importance pour les deux compères. Alexis s'était chargé de la commission.
Cet imbroglio d'antichambre ne parvenait même pas au cerveau, plein de pensées frémissantes, de Flaviana. Sous l'influence de son obsédante anxiété, elle demanda:
—«Mais, cette campagne?... Qu'en savait-on?... Vous a-t-on dit?... Et qu'y venez-vous faire?»