Puis, plus clairement encore:

—«Mon Serge adoré!...»

Ce fut tout. Car les assistants, s'apercevant qu'elle parlait, se doutant, à mon attitude, que j'épiais avec ardeur les paroles qui lui échappaient, mirent à cette scène la fin la plus brutale. Étouffée, aveuglée, entraînée, je ne pressentis même pas ce qu'était devenu l'enfant. Mon impression fut qu'on me l'enlevait pour tout de bon. La crainte que j'eusse recueilli la clef de cette énigme changeait sans doute à mon égard les dispositions prises.

Un regret m'effleura le cœur. Et tandis qu'on m'installait,—sous bonne garde et solidement tenue,—dans une voiture (sans doute l'auto du premier voyage), je n'avais qu'une sensation: le froid soudain sur ma poitrine à la place vide du petit corps tiède que j'y avais pressé.

—«Oh!» me disais-je, avec un chagrin qui me surprenait moi-même, «que va-t-on faire de cet innocent, puisqu'on renonce à me le confier?»

Le retour fut pareil à la dernière partie de l'aller. Je ne pus ni bouger, ni rien voir. Toutefois, je perçus, sous mon bandeau, qu'il faisait jour.

«La nuit a été longue. C'est le matin,» pensais-je.

Cette clarté—très vague pour moi—au lieu de s'aviver, diminua. L'entrée de la forêt, sans doute, ou la gêne de ces étoffes enroulées, dont ma vision s'offusquait. Aucune lueur ne revint. Au contraire, les ténèbres s'épaissirent. J'en fus troublée. Je ne concevais pas ce que je devais constater tout à l'heure: le jour avait passé. Le crépuscule, puis la nuit, lui succédaient.

Encore une fois, il me fut impossible, même approximativement, d'évaluer la distance parcourue.

Le moment vint où l'auto s'arrêta.