—A vous persuader que désormais votre danger sera aussi le mien, Raymond.»
Un regard seulement répondit. Quel regard!... Mais le jeune docteur dit encore, d'une voix étouffée, frémissante d'émotion:
—«Maintenant que j'en suis sûr... Maintenant que vous m'avez donné cette force divine... retirez-vous, chère... chère...»
Il n'osait achever.
—«Non, mon ami. Je pense comme la pauvre voisine qui vient d'apporter le souper de Pageant: un microbe là où il faut agir, c'est une balle là où il faut se battre. Un soldat ne doit pas y penser.
—Qu'avez-vous donc à faire ici, ma vaillante aimée?
—Quelque chose, sûrement... Et je vais le savoir.»
Flaviana, sur l'oreiller du lit, voyait se soulever des épaules osseuses revêtues d'une camisole, et une tête qu'elle eut peine à reconnaître. La figure de Célestine Pageant, brûlée de fièvre, était d'une rougeur intense. Sa maigre chevelure, d'un noir huileux, où couraient des fils gris, ramenée en arrière et réunie en une natte peu opulente, dégageait les tempes, où d'habitude voltigeaient quelques frisettes, quand ne s'y fixait pas à demeure l'escargot recroquevillé des bigoudis. Son cou tendineux sortait du col de linge, et montrait à la base, au-dessus de la clavicule, une sorte d'emplâtre formé de cette toile percée de jours qu'on applique sur les plaies suppurantes. La malheureuse femme s'efforça de parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge, entre ses lèvres desséchées et violâtres. Elle porta une main à son gosier, puis secoua la tête avec souffrance et fureur.
—«Courage!... cela ira mieux bientôt. Nous sommes tous là pour vous soigner,» dit Flaviana de sa tendre voix musicale, et en lui prenant la main.
Raymond, désespéré de voir la bouche fraîche de la charmante créature s'incliner vers l'haleine mortelle, ne put se retenir d'écarter doucement Flaviana.