—Oui... Et le plus tôt possible... Tu m'entends?... Tout de suite.»

Omiroff, à cette minute—et il s'en rendait compte, d'où cette exaspération—subissait une étrange déroute de ses nerfs. Pourquoi?... Que sentait-il donc autour de lui? Rencontrant le regard de lord Hawksbury, il rougit comme on rougit à douze ans.

—«Pardonnez-moi, mon cher,» reprit-il en anglais. «J'oubliais que je vous ai promis deux mots d'explication.» Et alors, se retournant vers le valet de chambre:—«Dans dix minutes... Vassili... le temps de boire ceci tranquillement... tu enverras Sémène pour réparer cette sonnerie.»

Puis il se versa et avala d'un trait une grande rasade d'extra-dry.

Du bout d'un chalumeau, Frédéric huma quelques gouttes du cocktail.

—«Comment le trouvez-vous?... Fameux, hein?...» demanda le Russe, qui vida aussitôt sa seconde coupe.

Le sang qui, tout à l'heure, colorait son visage, y revint, s'y fixa. La superbe figure s'altéra de brutalité. Les mâchoires se contractèrent, le maxillaire inférieur férocement projeté en avant. Les yeux, d'un bleu doré, se brouillèrent de fibrilles pourpres. Un sourd juron échappa au prince.

Lord Hawksbury se représenta sa belle cousine, cette Maud, douce et fraîche comme une neige d'avril sur les branches roses des pommiers en fleur. Une telle grâce d'âme et de corps!... Et la révélation pour elle—la première révélation—du véritable tempérament de cet homme!...

Omiroff achevait la bouteille de champagne.

—«Dieu! que j'avais soif!» dit-il, la bouche pâteuse, à demi ivre. Et, sans transition:—«Donc, voilà, Hawksbury... Voilà pourquoi vous ne devez pas,—non ce n'est pas digne de vous,—donner dans ces histoires de femme et d'enfant perdu... La pauvre Flaviana est folle. Elle est restée un peu fêlée depuis les événements... fâcheux pour elle, j'en conviens... La mort de mon frère... Leur fils mis au monde avant terme, dans la douleur de ce foudroyant veuvage. Aujourd'hui, savez-vous ce qui en est?... Son enfant n'existe plus. Vous entendez bien... Je vais vous en faire le serment—le serment le plus sacré pour nous autres Russes... Je vous jure que l'enfant est mort... Je vous le jure par notre tsar, notre pape, notre père!»