—«C'est de la folie. Vous vous tueriez!

—Je ne veux pas vous compromettre.

—Ah! qu'importe.

—Non... Avec vos passeports si bien établis, vous deux, vous êtes insoupçonnables... Vous gagnerez Vladivostock, puis l'Amérique... le pays libre...

—Jusqu'à ce que nous revenions vers les nôtres...

—Soyez heureux,» dit Sloutvine. «Adieu...»

Il se dégageait de leur étreinte, leur assurant qu'il ne sauterait pas, qu'il se coulerait entre deux wagons, attendrait la prochaine halte. Mais soudain, leurs voix se turent, leurs gestes mollirent. Cette fois, le rapide ralentissait pour stopper. Des maisons parurent, puis des garages de wagons, des amas de charbon, une pompe pour donner de l'eau à la machine.

Comment?... Un arrêt réglementaire... Leurs yeux lurent sans y croire: Krasnoyarsk. Nul ne savait donc rien encore?

Un peu avant le quai, Sloutvine sortit, se laissa glisser à terre.

Tatiane et Pierre le virent se faufiler entre les ateliers, baraquements, machines au repos, dans ce dédale qui obstrue les abords d'une station de chemin de fer. Si quelque voyageur l'aperçut, il dut le prendre pour un ouvrier de la voie, ayant sauté sur le marchepied avant l'entrée en gare, et qui descendait à l'endroit de son travail.