—«Mon chéri, je suis ton amie Bertile... Rappelle-toi... Claire-Source... le Gros-Chêne... Viens m'embrasser, mon petit ange.»

Ce fut alors, tandis que la fillette et l'enfant refaisaient connaissance, entre les grands bras de Pageant, qui avait pris sa Berthe sur ses genoux, que Delchaume s'occupa d'une autre personne, à peine entrevue jusqu'ici dans le coin d'ombre où elle se tenait, et parmi l'émoi du moment. Vers cette personne, Raymond s'avança, comprenant qu'elle avait amené le petit garçon, et, maintenant, l'esprit plus libre, se demandant, étonné, qui elle pouvait bien être.

Quand il fut près d'elle, qui se tenait immobile et en silence, quand il distingua bien ce visage entrevu jadis entre les rideaux d'andrinople, dans la misérable chambre des étudiantes russes, puis contemplé plus longuement à la Cour d'assises, lors du procès sur l'affaire de la Petite-Barrerie, quand il rencontra l'éclair noir des yeux sauvages, Delchaume n'eut pas d'hésitation:

—«Katerine!...» s'écria-t-il, «Katerine Risslaya!...

—J'ai rempli ma mission,» dit-elle. «Quand le loup a été abattu par les chasseurs, j'ai ramené à la brebis son agneau.»

Elle se tut. Delchaume esquissa une question. Mais il en avait tant à poser, que les mots se brouillèrent. Avant qu'il les eût énoncés en ordre, la Russe reprit:

—«Voudrez-vous répéter ceci à madame Flaviana: Qu'elle se rappelle la grille du Vieux-Moutier. J'ai tenu ma parole. Demandez-lui de ne pas m'oublier, de penser quelquefois à ce garçon bizarre qui l'aborda dans l'avenue de Messine, et à qui elle doit son enfant.

—Ce garçon?... Mais... C'était vous?...

—Oui.

—Ah! de quelle reconnaissance elle vous comblera. Vous allez la voir... Elle va rentrer. Vous serez témoin de son bonheur.