Attendons encore.
Si l'ennemi constate que mon mariage n'a rien changé, que le secret demeure intact, il désarmera peut-être.
8 avril.—Claire-Source.
Il y a deux jours, je revenais de Saint-Rémy, assez tard, comme la nuit tombait. Lorsque je remontai de la station souterraine et sortis sur le trottoir de la rue Gay-Lussac, à l'angle du carrefour Médicis, je fus éblouie par la splendeur du ciel au-dessus du Luxembourg. Une féerie, un incendie, contre lequel se dessinait le noir fusain des arbres, à qui l'aigre printemps n'a pas encore donné beaucoup de feuilles.
Je traversai la place, les yeux vers les nuages éblouissants, indescriptibles, crevés par de longues déchirures d'un bleu vif. Je ne voyais rien d'autre, et faillis me faire écraser. Puis, je m'en allai lentement le long de la grille du jardin, fermé, obscur, désert, sur lequel pleuvait tant d'or, tant de rose, toute la farouche magnificence du jour mourant.
Inexplicable nostalgie...
En face, les globes électriques, aux terrasses combles des cafés, allumaient des clartés vertes, des phosphorescences, que l'atmosphère empourprée rendait falotes, blafardes. L'incertitude de la vie me poignait le cœur.
A ce moment, quelqu'un, tout à coup, me parla, un homme, à mon côté. Il me dit rudement:
—«Pourquoi n'avez-vous pas déjà quitté la France, ou, du moins, Paris? Vous cherchez donc le malheur?»
Je me tournai, effarée. Mes yeux, troublés de lueurs dansantes, distinguèrent mal, dans l'endroit sombre, un visage maigre, barbu, sur lequel descendait le bord rabattu d'un chapeau mou. L'être semblait vulgaire et louche. Il reprit: