Chose extraordinaire, il avait savouré depuis le commencement le régal harmonieux, qui touchait à sa fin. On ne l'avait dérangé que pour un seul coup de téléphone. Mais, sur le nom du correspondant, il voulut recevoir la communication lui-même. Et, depuis ce coup de téléphone, il demeurait soucieux.
Maintenant, sa fille, debout sur la petite scène, en avant des musiciens qui devaient l'accompagner, se préparait à chanter,—ou plutôt à gémir,—la déchirante lamentation de l'Orphée de Glück:
«J'ai perdu mon Eurydice...»
Un domestique, à pas glissants, se faufila entre les habits noirs, autour des rangs de chaises, où rayonnaient les coiffures charmantes, les épaules nues, les toilettes et les joyaux des femmes. Il parvint jusqu'à son maître,—qui se tenait toujours à proximité d'une porte,—lui dit quelques mots, tout bas. Perrelot se leva, et, souple, sans un geste, sans s'excuser, passa devant quelques groupes, en traversa d'autres, sortit.
Nul ne broncha. On n'eut pas l'air de le voir. On s'écarta sans lui adresser la parole. C'était la consigne.
Dans la galerie d'entrée, le chirurgien demanda au valet:
—«Où l'avez-vous fait entrer?
—Au premier, dans le petit cabinet de Monsieur.»
Le professeur souleva une portière, rencontra l'escalier, monta.
Il possédait, au rez-de-chaussée, un grand cabinet d'apparat, qu'on ouvrait les soirs de réception. Les invités y pouvaient admirer une précieuse vitrine où il conservait près de lui, mêlées à son travail, les pièces rarissimes de sa collection de porcelaines de Chine, qui était célèbre. Mais il y avait, à l'étage au-dessus, tout à côté de sa chambre à coucher, un autre cabinet, plus retiré, plus austère. C'est ce que le domestique avait appelé le «petit cabinet de Monsieur».