—Et de quoi donc?...»
Point de réponse. Une figure de pierre, où flamboyaient des yeux pleins d'horreur.
—«Allons, Tatiane Kachintzeff, dites tout haut ce que vous prétendez insinuer, ce que vous avez cru peut-être.»
Même mutisme. Même immobilité impressionnante.
—«L'accusée, messieurs les jurés,» reprit le président, «est victime d'une erreur. Mais, sans doute, l'est-elle de bonne foi. Il ne vous est pas interdit de lui en tenir compte. On lui a persuadé, là-bas, au bagne,—son père lui-même, en exigeant d'elle un serment de vengeance,—que Fédor Kachintzeff succombait à de mauvais traitements, à des brutalités, coïncidant avec la présence du gouverneur général, le prince Wladimir-Serge Omiroff, aujourd'hui décédé.»
Une voix s'éleva, celle du défenseur de Tatiane Kachintzeff:
—«Je vous demanderai respectueusement de préciser, monsieur le président. Veuillez expliquer au jury que Fédor Kachintzeff, cet écrivain, cet intellectuel, descendant d'une famille aristocratique, avait été soumis à un châtiment corporel,—contre les règlements mêmes,—au plus déshonorant, au plus barbare des supplices: il avait été f...»
Un cri affreux, déchirant... Tatiane, jetant le buste et les bras en avant de la cloison de bois, saisissait à l'épaule son avocat, arrêtait ce qu'il allait dire par une mimique violente et désespérée.
Le public s'émut. Des gens se levèrent, pour voir ce qui arrivait. Les stagiaires, entre eux, chuchotaient:
—«Son père a été fouetté, par l'ordre du vieux prince Omiroff.