—Mon Dieu, oui, mademoiselle... Vos parents le désirent.
Elle resta muette un moment, le regardant bien en face. Une expression un peu égarée élargissait ses grands yeux. Elle ne comprenait pas. Elle attendait sans doute qu’il dît quelque chose d’autre. Un espoir la soutenait encore. Peut-être M. de Villenoise voulait-il l’éprouver? Ou bien il parlait par dépit... Mais non!... A mesure que les idées se classaient dans sa tête, il devenait plus impossible à la jeune fille de prendre cette bizarre sortie pour une déclaration. D’ailleurs Vincent n’ajoutait plus rien. Ce qu’il avait à dire était dit. Il comptait donc sur sa perspicacité, ou plutôt il croyait avoir été suffisamment clair. Tout à coup, elle pénétra son intention, comme par une lueur affreuse.
Elle pensa: «Ah! quelle honte!»
Puis elle voulut composer son visage, prendre un air indifférent, ou bien étaler de la dignité, ou encore essayer de l’ironie. Le désir de se montrer à lui comme elle devait être l’emporta un instant sur l’élan de désespoir qui lui arrachait le cœur. Un rôle à jouer s’ébaucha dans sa tête. Elle crut s’entendre qui disait: «Mais certainement, monsieur, j’épouserai M. de Bréville. Voulez-vous me faire le plaisir d’être mon témoin?»
Toutefois, du fond de sa nature, un grand soulèvement de sincérité monta comme un flot, emporta les frêles réminiscences de quelques lectures romanesques ou les leçons de mondaine hypocrisie.
Elle dit avec une parfaite simplicité:
—Non, monsieur, je n’épouserai pas M. de Bréville. Mais je ne compte épouser personne d’autre. Je ne me marierai jamais.
Puis elle se détourna et se remit à descendre le chemin.
Et ce fut tout. Vincent n’eut qu’à la suivre. Derrière elle, il marchait d’un pas lourd, les yeux vers le sol, comme un coupable. Il n’osait même plus la regarder. Il ne se sentait plus le droit de se réjouir la vue, comme tout à l’heure, par les lignes et la démarche de cette jolie fille, par la fraîcheur de cette nuque et le reflet de ces cheveux, par la souplesse de cette taille, par toute cette radieuse jeunesse, qu’il venait de ravager d’une telle blessure. Il avait peur, à quelque signe, de reconnaître le désastre dont il était la cause. Et, tout en restant confondu par la fermeté, par la franchise de cette enfant, il écoutait aussi en lui-même le cri de son propre amour qui la rappelait d’une clameur éperdue.
Mais, soudain, il crut à quelque miracle. Gilberte, avec une exclamation affolée, sautait en arrière, se jetait presque entre ses bras. Vincent la saisit. Et, une fois de plus, la volonté du jeune homme chancela. Il allait s’écrier: «Non, non, c’est impossible!... Je ne puis renoncer à vous, je vous aime!...» lorsque Mlle Méricourt murmura: