VIII
Trois semaines plus tard, M. de Villenoise, sachant que le général et sa fille se trouvaient au bord de la mer, alla voir Dalgrand à Billancourt.
Son ami le mena dans les ateliers, lui montra les principales pièces du viaduc en aluminium. C’étaient des poutres, des traverses, des X, jolis à l’œil comme des morceaux d’orfèvrerie dans l’élégance de leurs proportions et la douceur de leur ton métallique. On eût dit une charpente en vieil argent, avec toutefois une nuance plus mate, d’un gris plus bleuâtre. Mais ce qui stupéfia Vincent, ce fut l’incroyable légèreté de ces grosses masses de métal. Deux hommes soulevaient les plus pesantes, et lui-même en mania quelques-unes dont les dimensions semblaient défier le bras d’un hercule.
—Tu veux faire rouler des trains sur ces frêles choses-là?... demanda-t-il à Robert, les bras tombés d’étonnement, l’œil incrédule.
—C’est plus résistant que du fer qui en aurait plusieurs fois le diamètre, répondit le constructeur.
Dalgrand se lança dans des explications techniques. Puis il dit où en était le pont. Là-bas, les piles étaient construites, les culées aussi. Il y aurait trois travées de trente mètres. Maintenant il commençait à expédier les diverses parties de la charpente. Le prix du transport était insignifiant, à cause de leur extrême légèreté. Bientôt il partirait, pour diriger l’ajustage. Ce ne serait rien de boulonner tout cela. Ces grandes pièces de métal s’adaptaient les unes aux autres avec la précision d’un mécanisme d’horlogerie.
—Robert, dit tout à coup Vincent, qui l’avait attentivement écouté, indique-moi donc une besogne un peu hasardeuse, où un galant homme pourrait laisser sa vie proprement, sans que ce soit le suicide bête.
L’accent dont il prononça cette phrase frappa Dalgrand plus que le sens des mots.
—Mon pauvre vieux! dit l’inventeur. C’est donc si grave que cela, décidément?