Il était beaucoup plus curieux de savoir pourquoi elle avait pleuré à la mairie et pourquoi son visage, à plusieurs reprises, s’était voilé d’une tristesse contre laquelle elle semblait se défendre.

Comme elle ne pouvait guère lui parler confidentiellement que pendant qu’ils dansaient, ce fut en valsant qu’elle le lui expliqua.

—Ma sœur Lucienne et moi, dit-elle, nous ne nous quittions jamais. Nos leçons, nos promenades, nos emplettes, nous les faisions ensemble. Qu’est-ce que je vais devenir sans ma petite Luce? Voyez-vous, monsieur, quand j’y pense, la vie me semble tellement triste que je voudrais mourir.

Il sourit à ce mot, que prononcent si vite les désespoirs de la vingtième année.

Elle reprit:

—Vous ne me croyez pas? C’est parce que vous n’avez pas de sœur. Mais l’idée de retrouver sa chambre vide!... (La voix de Gilberte s’étrangla.) Ah! si ce n’était pas pour mon père... je voudrais vraiment mourir ce soir.

—Mais vous vous marierez à votre tour.

Elle rougit, haussa légèrement les épaules.

—Bah! qui sait?