Tout à coup la jeune fille tressaillit au hurlement strident que jeta la sirène d’un remorqueur. Puis elle se retourna en riant.
Vincent pensa que rien n’était comparable à la grâce de cette attitude et de ce rire. Comme cela ferait un joli tableau de genre, cette jeune fille vêtue d’une jupe d’amazone avec un corsage bouffant de batiste à fleurettes roses, la taille serrée dans une ceinture de lawn-tennis, à demi renversée sur cette blanche balustrade de pierre, avec tant d’espace autour d’elle, et, dans le fond, ce grand fleuve calme et ces perspectives verdoyantes.
—Que tu as bien fait, Luce, cria Gilberte à sa sœur, de me prêter ce corsage pour déjeuner! J’aurais étouffé sous mon plastron empesé et dans ma veste de drap.
Ceci, c’était une petite manœuvre de coquetterie. Car elle avait rencontré le regard de M. de Villenoise, et elle craignait qu’il ne critiquât la façon dont s’ajustait cette jolie blouse de batiste, un peu étroite peut-être pour ses épaules. Mais, aussitôt, la jeune fille ajouta:
—Est-ce le moment, «monsieur mon frère», comme disent les souverains,—et elle esquissa une révérence devant Robert,—est-ce le moment de nous révéler votre grande découverte?
M. de Villenoise eut un mouvement. Il ne pensait plus du tout à cette chose, si importante pour Dalgrand, dont celui-ci devait leur parler.
Mais il dissimula sa distraction sous un amical mensonge.
—J’allais te le demander, dit-il en se tournant vers son ami.
Robert hésita. Il jeta un coup d’œil au dehors, dans l’atmosphère qui vibrait de chaleur au-dessus de la rivière aveuglante. Ensuite il fit deux pas sur la terrasse, pour regarder dans une autre direction.
Ce qu’il aperçut de ce côté, ce fut une vaste cour, blanche de soleil, au fond de laquelle s’élevaient ses ateliers de construction. Derrière les murs pétillant de lumière, on devinait le travail ardent des machines. La haute cheminée fumait. Un homme sortit, les bras nus hors de sa chemise noirâtre, et qui, du revers de sa main, essuyait la sueur sur son front.