—Je t’expliquerai cela plus tard, dit l’inventeur.

Il ne se souciait pas de révéler à des oreilles de valets la force d’inertie et de routine que lui avait opposée l’administration française, ni les pots-de-vin qu’on lui avait demandés pour soutenir sa proposition, ou qu’on lui avait offerts pour l’empêcher d’y donner suite. Certaines sociétés industrielles puissantes lui avaient carrément offert la lutte, la lutte à coups de millions. Le vainqueur serait celui qui pourrait acheter le plus de bonnes volontés dans le monde politique et dans la presse. «S’il en est ainsi partout,» s’était dit Robert, «du moins je ne constaterai pas cette plaie dans mon propre pays. J’aime mieux voir cela chez les autres que chez moi. Je retournerai donc à l’étranger.» Et, une fois de plus, s’était évanoui son rêve tant caressé de transformer un de ses succès personnels en un succès patriotique, et de doter la France d’une industrie nouvelle, avant toutes les autres nations.

Le souvenir de ses déboires et de ses écœurements lui avait presque fait oublier Gilberte. Aussi, lorsqu’il se trouva dans le fumoir de son ami, devant le café et les liqueurs, et qu’enfin les domestiques les eurent laissés seuls, il eut une exclamation bien faite pour étonner M. de Villenoise:

—Ah! les malheureux! cria-t-il. C’est de l’argent qu’ils veulent! Ils la feront mourir!...

Vincent, dont les idées étaient ailleurs, eut un sursaut de stupéfaction:

—Grands dieux!... Robert!... De qui parles-tu? Qui fera-t-on mourir?...

Robert, tout animé, s’écria:

—Eh! notre pauvre République, parbleu!

Mais Vincent laissa échapper un: «Ah!...» tellement indifférent, que l’indignation de Dalgrand tomba.