—Quelle erreur! protesta Robert. Il n’y a pas une Parisienne qui connaisse le bois de Boulogne. Pour vous, c’est l’avenue des Acacias, celle des Poteaux et la pelouse de Longchamps. Je vous y montrerai des petits coins!... Vous pourrez vous y croire à cent lieues de la capitale, sous les bocages de l’ami Vincent.
—Oui, mais chez moi, riposta de Villenoise, vous pourriez, mesdames, vous croire à trois cents lieues, dans quelque pays de montagnes. J’ai un éboulement de rochers, une cascade...
—Bah! reprit Robert en riant, c’est une charretée de pierres qu’il a fait porter dans un petit ravin... Et quant à sa cascade... figurez-vous une gouttière crevée en temps d’orage... Et encore la gouttière est plus grandiose.
—Tu es méchant, dit Lucienne à son mari. Moi, je veux voir le chaos de rochers, la cataracte!
Elle amplifiait les mots en riant de sa malice. Et elle ajouta, avec une petite moue:
—D’ailleurs, les usines, tu sais... j’ai assez de la nôtre.
Les taquineries et les pourparlers durèrent encore un moment. A la fin, il fut décidé qu’on se diviserait en deux groupes. Dalgrand, qui connaissait la cité ouvrière, y accompagnerait le général. Le directeur de l’usine montrerait à ces messieurs les dernières innovations. Quant à ces dames, elles iraient avec Vincent visiter les beautés naturelles de la forêt, ce qu’on appelait dans le pays: le Puits du Diable, la Fontaine aux Pins et le Salon des Fées,—noms fantastiques, dont, malgré les railleries de Dalgrand, s’excitaient les imaginations de Lucienne et de Gilberte.
Deux voitures furent attelées: une charrette anglaise que Dalgrand conduisit, ayant à ses côtés le général; et une victoria, dans laquelle Vincent s’assit à reculons, faisant face aux deux jeunes femmes.
—Vous ne craignez pas, j’espère, de marcher, ni même de grimper un peu? leur demanda-t-il. Nous ne pourrons aller aux endroits les plus curieux par les allées carrossables.
Robert, qui entendit cette observation, se retourna.