Gisèle, qu'elle vit le jour même, prit fort légèrement l'anecdote, et plus légèrement encore les avis que Simone crut devoir y ajouter. Elle se moqua de sa belle-mère, puis fut prise d'un accès de fou rire à l'idée de Chambertier surgissant le revolver à la main pour la mettre à mort ainsi que son amant.

—Pauvre Édouard!... Lui, me tuer! Mais je lui dirais que je ne donne des rendez-vous à Jean que pour l'aider à trouver ses rimes... Il serait trop content de me croire. Il m'aime comme un imbécile. C'est ce qui est exaspérant.

—Oh! dit Simone, je ne peux pas t'entendre parler comme cela de ce pauvre homme. Tu le trompes... N'est-ce pas assez?

—C'est qu'il me gêne avec son aveuglement. Ah! elle est loin de compte, ma charmante belle-mère, si elle croit que je me cache de lui. Mais je laisse traîner mes lettres exprès!... C'est stupéfiant qu'il ne s'aperçoive de rien!

—Comment? fit Simone. Tu veux que ton mari sache!... Pourquoi?... Je ne te comprends pas.

Gisèle haussa les épaules, comme dédaignant de s'expliquer. Puis, tout à coup, elle éclata. Certainement, elle voulait que Chambertier vît clair; et, s'il n'ouvrait pas les yeux, elle finirait par tout lui dire. Elle en avait assez de remorquer ce gros homme ridicule. Et maintenant surtout que la belle-mère se mêlait de faire de la morale. Ah! mon Dieu, quelle existence!

—Qu'est-ce que tu espères donc? demanda son amie. Le divorce?

—Tout juste. Jean est libre.

Simone eut une exclamation troublée:

—Tu crois qu'il t'épouserait?