Un moment après, il cessait de jouer et venait à elle. Sa surprise fut extrême de constater qu'elle pleurait.
—Ma Simone! dit-il,—et sa voix n'avait pas la sécheresse coutumière.—Eh bien, voilà qui me touche beaucoup! Tu n'es donc pas tout à fait blasée sur les divagations de ton musicien de mari?
—C'était de toi? s'écria-t-elle avec un sursaut.
—Tout simplement.
—Mais je ne connaissais pas cela. Quand donc l'as-tu composé?
—Ce n'est pas composé. J'improvisais.
—Ça, une improvisation?... Mais c'est admirable! Tu n'as jamais rien fait de mieux. Et ce n'est pas écrit? Et tu ne pourras pas l'écrire? Ah! quel dommage!
—Mais si, mais si... Ça me trottait dans la tête depuis longtemps, sous cette forme ou à peu près. Puis, tu sais si j'ai bonne mémoire!...
Elle s'était redressée, un genou pris entre ses mains croisées, toute pâle, et fixant sur Mervil ses yeux mouillés de larmes. Elle avait une expression si étrange que son mari, d'abord flatté par son émotion, s'en inquiéta. Il s'assit à côté d'elle sur le divan, l'attira contre lui, et lui dit avec une sollicitude dont il l'avait récemment un peu déshabituée:
—Qu'y a-t-il donc, ma petite Simone? Est-ce que ma petite femme aurait du chagrin?