— Mais si je ne veux pas que monsieur Sérénis me donne quelque chose !… »

Elle secouait la tête, les sourcils froncés sur ses yeux roux, pailletés d’or. Une lumière tremblait dans la mousse fauve, éparse autour des oreilles, crêpelure envolée d’une grosse natte qui se repliait sur la nuque. L’air électrique et félin, cette agressive petite personne. Drôlette, vraiment, avec une acidité tentatrice, agaçante, de fruit mal mûr. On se crispe, attiré quand même. Ogier lui dit, exagérant la douceur courtoise :

— « C’est vous qui me donnerez quelque chose, mademoiselle. Offrez-moi ceci, que je le montre à votre marraine. »

Déconcertée, elle tendit son emplette.

C’était un papier de Hollande, sur lequel s’étalait, d’une typographie superbe, un sonnet composé par Plantin. L’encre fraîche attestait qu’on venait de le tirer, au moyen d’une presse à bras — la seule qui fonctionne encore, à titre de curiosité, parmi ses antiques et poussiéreuses compagnes.

Ensemble, d’un même coup d’œil agile, Nicole et Ogier prirent connaissance de ces vers :

LE BONHEUR DE LA MAISON

« Avoir une maison commode, propre et belle,

Un jardin tapissé d’espaliers odorants,

Des fruits, d’excellent vin, peu de train, peu d’enfants,