Cependant Georget relevait son dernier mot.
— « Une résolution ?… La mienne est prise. Je vais rompre mes fiançailles. »
Elle se tut. Ils achevèrent de parcourir le sentier en silence. Ogier se déconcertait, n’osant lui demander le sens précis de ce qu’elle venait de dire. Pensait-elle au divorce ?… Mais lui-même, quelle situation lui créerait un pareil coup de théâtre ?… Hâtivement, il envisageait l’alternative, se gardant bien de laisser voir qu’il n’y avait pas un instant songé.
Quand tous deux quittèrent le sous-bois, et parvinrent à la route qui contourne le lac, leur unisson passionné subissait la sourde pression des choses vécues, accumulées si diversement dans leurs âmes. Chacun de son côté se trouvait ressaisi par les nécessités, les souvenirs, et par ces millions de sentiments morts, qui se déposent en nous pour modifier notre sensibilité, comme les feuilles que ce couple ardent et triste foulait aux pieds et dont les débris se superposent peu à peu au sol naturel de la forêt.
A mesure qu’on s’éloigne de la jeunesse, l’amour absolu se fait plus rare, mais prend plus de force lorsqu’il triomphe. Car, plus les cœurs ont de choses à mettre en commun, moins ils ont de chance de n’en pas trouver qui les sépare. Mais aussi, quand une flamme inattendue dévore tout, fait table rase, efface la tyrannie d’un double passé, quelle résurrection merveilleuse, quelle affinité puissante, quel lien !…
Nicole et Ogier n’en étaient pas là. Ils s’interrogeaient trop. Les voix anciennes, écho des jours nombreux, gardaient en eux trop de résonances. Lui, tout absorbé par d’involontaires combinaisons en face des conjonctures nouvelles que les dernières paroles de son amie lui faisaient entrevoir. Elle, dans son besoin de loyauté, préoccupée déjà d’accorder son amour, fût-ce par de désastreuses imprudences, avec cette intransigeante noblesse de son âme, qui ne voulait rien savoir des compromis mondains ni de la morale des five o’clock.
Hors des taillis, par les larges avenues, dans la trouée bleuâtre du lac, la délicate matinée d’octobre s’achevait dans une grâce tiède, à peine voilée. Des voitures, des cavaliers, des cyclistes circulaient. Ogier dit :
— « Nous sommes imprudents. »
Elle, en femme que l’amour tient, et non la coquetterie ou le caprice, ne voyait rien autour d’eux. Rappelée à elle-même, elle murmura :
— « Quittons-nous. Adieu, Georget. »