Toquette n’était pas une tendre. Elle ne s’effarouchait ni ne se blessait, se sachant quand même en faveur. Aussi réussissait-elle admirablement auprès de ce rude, qui n’admettait pas qu’on ressentît trop ses rudesses.

— « Comment, parrain, vous me recevez mal, quand je vous déniche loin du rendez-vous ! Sans moi, marraine vous attendrait longtemps sur le Promenoir.

— J’y suis, sur le Promenoir.

— Non, dans le café.

— Ne sois donc pas déjà si femme par l’ergotage, Toquette. Le café fait partie du Promenoir, c’est la même chose. »

Elle ne répondit pas, trop maligne pour le contrarier, pour souligner ce qui se devinait, que Hardibert, entré là un instant pour inscrire quelque note, s’était oublié dans ses calculs. D’ailleurs, Ogier s’approchait.

— « Monsieur Sérénis, parrain. Vous savez… le poète en herbe de marraine… »

Cette bizarre présentation devait rappeler une taquinerie à l’adresse de Nicole. Ogier n’eut garde de s’en formaliser. L’amie d’enfance s’exposait donc, par quelque partialité pour lui, à de petites escarmouches intimes ?… Quant à Raoul, la définition de sa filleule lui parut sans doute opportune pour restreindre toute prétention chez le jeune inconnu.

— « Parfait… Très bien… » prononça-t-il d’un ton si distant que Sérénis, malgré tout ce qui le captivait, faillit prendre congé sans retour. Mais, tout à coup, le directeur de la Martaude parut se souvenir. « Ah !… n’êtes-vous pas le fils de mon pauvre collègue Selni ? »

Ogier pâlit, étreint par le souvenir, si poignant dans une telle bouche. Pour lui, toutefois, la mort de son père restait un accident auquel l’ancien rival demeurait étranger. Coïncidence douloureuse, non pas motif de haine. Il s’inclina, muet, mais sans hostilité.