— Certainement… certainement… » approuvait Raoul d’un ton vague, car il ne saisissait pas bien le rapport…
— « Vous avez été si aimable pour moi quand nous nous sommes rencontrés, monsieur Hardibert. J’ai tenu à vous apporter ma sympathie, et même, au besoin, mon aide, si… si votre sécurité… »
Le petit discours préparé par l’écrivain se disloquait un peu devant la stupeur évidente de Raoul.
— « Mais, » s’écria celui-ci, « qu’est-ce qu’on raconte donc sur votre boulevard des Italiens ? Vous croyiez qu’on se massacrait ici ?…
— Le mot de grève est toujours sinistre…
— Pour les faiseurs de drames, comme vous. Enfin, c’est très gentil d’être venu, » reprit cordialement le chef d’usine. Car son instinct de se hérisser tout de suite cédait à cette considération que la démarche, pour naïve qu’elle semblât, s’inspirait d’un chaleureux sentiment. Déjà il regrettait sa réception plutôt froide.
Cependant Ogier l’interrogeait sur la crise.
— « Elle n’est pas exclusive à votre région, n’est-ce pas ? On parle d’une cessation simultanée du travail dans toute l’industrie métallurgique. »
Hardibert expliqua, en hochant la tête, que leur arrondissement était remué plus qu’ailleurs par un conflit politique. Dans trois semaines, on procéderait à l’élection d’un député. Si peu au courant de ces discussions que fût un poète, Sérénis ne pouvait ignorer quelle importance prenait cette manifestation isolée. Cela tenait à la qualité des candidats en présence. L’un, puissant orateur socialiste, évincé au dernier scrutin général, et que son parti s’acharnait à ramener dans l’arène. L’autre, si manifestement officiel, que son échec serait une défaite pour le Gouvernement et risquait d’ébranler le Ministère.
— « Mais qu’avez-vous à faire de toutes ces complications de la lutte sociale, vous qui planez dans les nuages, bienheureux rimeur ? »