—Tout juste ... Oui, monsieur. Il s’est jeté dedans à contre-voie. Même que l’employé l’eng ... lui criait des sottises, avant de l’avoir reconnu.
—C’est bon. Dételle Djinn et va te coucher.»
Clément revint à sa table de travail. Mais il avait laissé la fenêtre ouverte. De sa place, quand il levait les yeux, il apercevait le moulin, tout baigné de lune. Souvent, il regarda maintenant de ce côté. N’était-ce pas comme s’il veillait un peu sur la femme de son frère de lait? Louisette, à cette heure, dormait, rêvant de sa petite fortune. L’architecte sourit en pensant que l’enfantine créature avait dû serrer son trésor sous l’oreiller, près de sa joue.
—«Il y a de braves gens dans le monde,» dit-il joyeusement, tout à coup.
Il se leva encore, alluma une cigarette, revint vers la fenêtre. Quel calme, tout de même! Quelle splendeur! L’air immobile et sonore était si dépouillé de toute agitation qu’à cette distance, Clément perçut la rumeur du moulin, le bourdonnement de grosse abeille. C’était comme la réponse à sa sollicitude. Dialogue entre sa pensée affectueuse et les vieux murs vibrants. «Je suis là,» disait le protecteur. «Tout va bien,» chantonnait la maison où s’écrasait le blé.
Des aboiements s’élevaient parfois, proches ou lointains—éclairs de bruit dans la profonde nuit de la campagne.
Soudain, Clément tressaillit.
—«La voix de Fiston!»
Fausse alerte. La bête aussitôt se tut. Mais elle s’interrompit nettement, comme dans la surprise d’une présence amie. Tiens! quelque chose se passait au moulin. Une lumière courut d’une fenêtre à l’autre sur le côté sombre de la bâtisse—celui que la lune ne baignait pas dans une vapeur d’argent.
—«Qu’est-ce que cela signifie?»