—Venez-vous à Paris, Garuche?
—Allons donc, m’sieu Jacques! Arregardez-moi ... Pigez-moi ces frusques ...
—Vous en aurez d’autres.
—J’saurais pas les mettre. Et pis ... ma cambuse, après tout, j’y suis attaché ... Et mon furet, Nabuchodonosor, qui me connaît si bien! Où est-ce que je le mènerais à la chasse. Y a pas de terriers, place de la Concorde.
—Vous réfléchirez.
—C’est tout réfléchi. Être à l’affût par une belle nuit, bien froide, quand la patte la plus veloutée fait crier le givre, et que la lune vous envoie une risette entre les arbres, avec une gourde bien remplie pour lui rendre la politesse, n’y a encore que ça. On m’y trouvera crevé d’un coup de fusil, ou d’un coup de sang ... mais le plus tard possible.
—Je voulais vous tirer de cette misère, Garuche.
—Oh! un peu de galette, ce ne serait pas de refus.
—Vous la boiriez, malheureux ... Mais,» ajouta Jacques précipitamment, «j’entends mon frère ... il descend avec ses flics ... Filez donc, Garuche. Pas la peine qu’on vous retrouve ici.»
Avant d’avoir terminé sa phrase, il avait ouvert la porte. L’ivrogne fit un bond, se coula par l’embrasure, traversa la cour et franchit la grille, avec une prestesse qui étonna le jeune homme. C’était bien l’agilité silencieuse d’une bête de proie nocturne. La corpulence, l’âge, la boisson, n’altéraient pas encore les facultés vitales, essentielles pour le piège et pour la fuite.