—Notre Micheline!... Ah! ma fille, ma pauvre petite fille!...

—Elle divague ... C’est une crise de somnambulisme,» prononça dédaigneusement Mme de Ferneuse. Vous savez, Valcor, on ne doit pas discuter avec les fous. Je me retire.»

Le marquis protesta, mais pour la forme, jugeant à peu près de même, et craignant un scandale pire si l’on résistait à la volonté extravagante de Laurence.

Cet homme, tellement autoritaire et sûr de lui, paraissait—pour la première fois peut-être de son existence—réellement embarrassé. Il eut, entre les deux femmes, un mouvement d’hésitation. Que devait-il faire? Allait-il offrir le bras à la comtesse, pour la mettre—ce qu’il trouvait monstrueux—hors de chez lui?

Elle vint à son secours avec une aisance et une ironie où elle gardait le beau rôle.

—«Ramenez Laurence, mon ami. Elle a plus besoin de votre appui que moi. Et envoyez-moi mon fils, en lui disant que je suis un peu souffrante, que je l’attends ici pour qu’il me reconduise à la maison.»

M. de Valcor, la tête vide de pensées dans une situation si déconcertante, obéit machinalement. Il plaça sur son bras la main de sa femme, qui ne résista plus, mais qui se cramponna, pour marcher, à ce soutien, comme prête à défaillir.

Mme de Ferneuse les regarda s’éloigner sans changer d’attitude. Et les deux spectateurs cachés de cet inexplicable éclat furent déçus s’ils espéraient que, une fois seule, la femme si indignement traitée aurait une exclamation de révolte, de douleur ou de crainte, qui leur donnerait la clef du mystère.

Elle resta debout, à la place où ses hôtes l’avaient laissée dans une attitude pensive. Seulement elle ramena autour d’elle, d’un geste frileux, son écharpe de plumes, comme traversée d’un frisson.

Personne ne vint à elle, bien que dans les avenues voisines, sous les arbres illuminés, passât plus d’un couple qui cherchait au dehors la fraîcheur, l’isolement ou la poésie de ce beau soir.