Enfin, ce fut bien un glissement d’étoffe, les heurts de talons trop hauts dans l’abrupt sentier. Mme de Ferneuse apparut.

Renaud eut le cœur étreint par la beauté de cette femme, beauté claire et délicate, comme une grappe de lilas blanc trempée de soleil. Un peu essoufflée par l’émotion et la course, elle s’arrêtait, d’une pâleur et d’une anxiété impressionnantes, avec le large reflet de ses yeux, où tremblait toute l’âme.

On lui eût donné à peine trente ans, bien qu’elle eût un peu dépassé quarante. Mais ce n’était pas la jeunesse enfantine et grêle de Laurence, qui semblait arrêtée dans son développement vers une féminité complète. C’était la splendeur d’une créature vivace et saine, ayant en réserve des sources de force et de fraîcheur que les années n’épuisaient pas.

Renaud, sans parler, lui fit prendre place sur le siège naturel, d’où il se leva, puis, tout de suite, il tomba à ses pieds.

—«Pardonnez-moi!...» gémit-il. «Je suis à bout de silence ... Et vous me déliez d’un mortel devoir ... Vous permettez que je parle, puisque vous êtes venue ici ... Ici, où nous nous sommes aimés.»

Elle promena autour d’elle des yeux hallucinés de souvenir.

Il ajouta:

—«Ah! combien de fois n’y suis-je pas venu depuis douze ans!»

Elle ramena son regard vers ce visage, si semblable, malgré le temps écoulé, à celui qu’elle avait vu naguère, en ce lieu, et ainsi, presque à la hauteur du sien, dans la pose adorante de l’homme agenouillé. Mais elle n’ouvrit pas la bouche.