—«Ah! divine Gaétane,» s’écria-t-il, «âme trop haute pour cette terre! Je trouverai des arguments pour toucher votre cœur maternel. Hervé est mon fils aussi. J’ai le droit de défendre son bonheur, même contre vous. Mais, en ce moment, je ne veux que m’incliner et vous adorer. A cause d’un scrupule encore, vous m’avez jadis exilé de votre vie ... mais non pas de votre âme. Dites-le ... Dites-moi que vous me pardonnez cet oubli apparent, imposé par vous, oubli que, cependant, vous me reprochiez délicieusement tout à l’heure.

—Moi!...» s’exclama la comtesse, «Moi, vous le reprocher!

—Mon silence, tout au moins. N’est-ce pas la même chose?»

Un sourire de volupté insidieuse glissa sur la bouche de Renaud, cette bouche finement dessinée dans l’ombre caressante de la moustache et de la barbe encore très brunes. Ses yeux bleu sombre s’emplirent de passion. Ses gestes rapprochés et tendres ajoutaient à la séduction de sa voix. L’illusion du passé, le vertige suave, enveloppèrent de nouveau Gaétane. Pour la seconde fois, cependant, elle se reprit. L’instinct obscur qui, au fond d’elle-même, se soulevait en défiance contre cet homme, lui prêta une inspiration soudaine.

—«Renaud,» dit-elle, «vous dites que vous n’avez jamais cessé de m’aimer?

—Je le jure. Même quand j’ai cru y être parvenu. Même quand je me suis marié. Ah! ce mariage! Dire que je l’ai conclu surtout pour donner un héritier au nom de Valcor! Le sort s’est vraiment joué de moi!»

Elle secoua la tête, comme si cette explication du fait accompli importait peu.

—«Quelle épreuve vous convaincrait?» demanda Valcor, avec toute l’ardeur de son amour actuel, dont elle ne doutait plus.

—«Une seule.