—Non, non,» dit-elle, toujours agitée par une émotion souveraine, par une fièvre à la fois enthousiaste et lucide. «Cet anneau sera la réponse du Ciel. Vous ne le possédez pas, puisque vous ne l’avez pas glissé à votre doigt pour venir ici, en cet asile de notre amour, où vous vouliez réveiller cet amour après tant d’années! Vous ne pouvez me répéter les mots sacrés qu’il contenait et qui ne se sont jamais effacés de mon cœur. Eh bien, redites-moi un jour ces mots, présentez-moi un jour cette bague, et je ne douterai plus ... ni de vous, ni de votre amour, ni de la naissance mystérieuse de Micheline. Vous serez de nouveau mon Renaud, le Renaud que je pourrai croire, car il n’a jamais menti!

—Merci, Gaétane!» s’écria le marquis de Valcor dans une effusion où éclata de nouveau une sincérité éblouissante. «Merci! Je posséderai donc mon rêve, et je n’aurai pas causé le malheur de Micheline. Soyez bénie! Je sais que rien ne vous ferait manquer à votre parole. Soyez bénie! Vous aurez l’anneau!»

Qu’il était séduisant et chaleureux! Comme les vifs ressorts de son être jouaient aisément, largement, dans le triomphe et la joie! De nouveau, la forte vibration de la vérité ébranla l’âme de Gaétane. Si près de croire, et dans un tel désir de confiance, elle s’écria:

—«Pourquoi donc ne pas me promettre cet anneau pour tout de suite, pour demain?»

Lourdement, l’oscillation du doute précipita un poids écrasant au fond d’elle-même, quand il expliqua:

—«Mais ... la bague n’est pas à Valcor. Après mon mariage, quand je suis retourné en Amérique, je l’ai laissée là-bas, en lieu sûr. Je craignais trop qu’elle ne tombât sous les yeux de Laurence.

—Ah!» fit Mme de Ferneuse d’une voix lointaine et froide, «la bague est restée en Amérique.

—Oui.

—Et ... vous dites: en lieu sûr?»