Le bel Arthur reprit la parole:

—«Eh bien, monsieur le marquis, c’est tout ce que vous me dites?... Vous ne me sautez pas au cou?... Je viens vous apprendre que le seul témoin qui puisse vous causer de l’embêtement est à deux mille mètres sous l’eau. Et je suis modeste,» ajouta le gredin, «je ne prétends pas y être pour quelque chose ... Puis je vous apporte la lettre sur laquelle vos adversaires basent leur accusation, à ce que j’ai compris. Qu’est-ce que vous voulez de plus, nom d’un chien! d’un homme qui n’avait même pas le plaisir de vous connaître?»

Le voyou crânait pour cacher son réel déboire. Comme M. de Valcor continuait à réfléchir profondément sans ouvrir la bouche, il lui demanda d’un ton moins assuré:

—«Vous ne pouvez pas douter de la vérité de mon récit, ni de l’authenticité de la lettre? La mort de Pabro?... Je peux vous indiquer des journaux qui l’ont mentionnée. Tenez ... le Messager de Cordouan, par exemple, qui a même parlé de moi, mis en cause un instant, mais disculpé presque aussitôt. Quant à la lettre, comment inventerais-je ce que je vous en ai dit? Voulez-vous la voir, tout de suite?... cette nuit même?... Je puis aller vous la chercher.

—Combien me la vendrez-vous?» fit le marquis, imperturbable.

—«Dame!...» s’écria l’autre, rasséréné.

Il retira son melon pour se gratter le crâne, le replaça, l’enfonça sur ses yeux.

—«Vingt mille balles ... Est-ce trop?» questionna-t-il. Et sa voix tremblait d’espoir, de convoitise.

—«Je doublerai cette somme,» dit Renaud, «si vous faites ce que je vais vous dire.