SUR une route de Bretagne, dont aucun ombrage ne cachait les sinuosités blanches, filait une élégante charrette anglaise.
L’absence des hauts arbres, sur ce sol granitique, si pauvre en terre et toujours balayé par les souffles de l’Océan, ne gênait pas en cette saison et cette journée également finissantes. Septembre prenait déjà des airs d’automne. Et le soleil, voilé de brumes roses, ne répandait qu’une lumière et une chaleur adoucies.
Les promeneurs qu’emportait la légère voiture goûtaient la sensation d’infini que donnent les vastes horizons, et s’enchantaient des teintes pourpres et mauves épandues sur les bruyères de la lande, et qu’avivaient les obliques rayons de l’astre déclinant.
—«Tiens! regarde, Liline, jusqu’où la politique va se nicher,» dit gaiement Renaud de Valcor.
Assise à sa droite, sur un siège plus haut, Micheline conduisait le vigoureux cob. Derrière eux, un domestique se tenait immobile, les bras croisés, avec cet air absent des valets bien stylés, dont pas même un regard ne doit indiquer qu’ils entendent les propos de leurs maîtres.
Mlle de Valcor ne fit pas attention à ce que son père lui montrait. Elle ne vit que le mouvement de sa main tendue.
—«L’écharpe!... l’écharpe!» s’écria-t-elle avec un ton de gronderie tendre.
—«Bah!» dit-il, «voilà ce que j’en fais, de ton écharpe.»