—Ce serait lui faire beaucoup d’honneur,» repartit le vieux gentilhomme.

Ce Marc de Plesguen, grand, sec, au visage maigre, avec des traits accentués et une moustache grise, l’air de l’officier qu’il avait été, en effet, jusqu’à ce que la mort de sa femme et le désir de se consacrer à sa fille, avec un certain dégoût de la vie militaire moderne, lui eussent fait donner sa démission, offrait le type classique de l’aristocrate, sans morgue, mais d’une hauteur aisée, et, quand il voulait, de la plus impertinente politesse.

—«Papa,» insista Françoise, «je vous prie d’aller retrouver José Escaldas, que je viens de rencontrer, et qui m’a prévenue qu’il vous attendrait au Chêne-Blanc. Écoutez-le. Ne le traitez pas avec votre désinvolture ordinaire. Je ne sais pourquoi, mais je me figure que c’est un individu très fort. Il y aurait peut-être profit à connaître ses idées.

—Profit!...» répéta le père avec une souriante réprobation. «Quel vilain mot dans ta jolie bouche!

—Mais quelle chose opportune, par le temps qui court!

—Tu m’en veux de ne pas avoir su t’enrichir, Françoise?

—Je vous en voudrais si vous en manquiez l’occasion.»

Elle riait. Mais Françoise de Plesguen riait toujours. Frimousse pétillante, avec une longue taille sur des jambes un peu courtes, on la rêvait en paniers, avec un œil de poudre sur ses cheveux blonds, et quelques mouches au bord de ses fossettes.

Son père soupira tout bas, car il savait que le rire de sa Françoise manquait parfois d’insouciance. Mais il ne discernait pas toujours à quel moment.

—«Et si c’est un secret pour l’exploitation du caoutchouc, que ton Bolivien veut me vendre au détriment de notre cousin,» plaisanta-t-il, «m’approuverais-tu de faire concurrence au roi de la Valcorie, et de partir, comme planteur, pour le Haut-Amazone?»