M. de Valcor se trouvait dans la chambre de sa femme.
Dès qu’il y était entré, il avait compris qu’avec un peu d’illusion il guérirait vite un pauvre cœur, trop faible pour voir la vérité en face. D’ailleurs, la vérité ... Il en était seul maître. Pourquoi ne pas substituer au mensonge cruel du hasard le mensonge bienfaisant de son génie? La vérité! Le mot faisait sourire cet homme. Et de quel sourire ambigu, où flottait tant de tristesse sous un orgueil effrayant.
Laurence, remise d’une longue syncope, mais plus abattue que si son sang eût coulé par vingt blessures, demeurait étendue sur sa chaise longue. Une femme de chambre, qui s’empressait autour d’elle, se retira lorsqu’elle vit entrer le marquis.
Renaud approcha un pouf bas, se plaça près de Laurence dans une posture qui ressemblait à un agenouillement, et prit la main de la pauvre femme.
—«Alors,» dit-il avec sa voix roulante et chantante, qui caressait, s’insinuait, berçait, «vous avez pu, ma chérie, pour une si grossière imposture, me croire un père et un époux infâmes, m’attribuer de véritables crimes?...»
Quelle douceur un peu dédaigneuse dans ce reproche! Une âme plus solide même en fût restée interdite.
—«Une imposture?... Ces horribles lettres?...» balbutia Laurence.
—«Vous ne les avez pas lues, ma pauvre mignonne! Vous avez dû perdre la tête tout de suite. Je vous forcerai de les examiner ligne à ligne. Vous verrez les contradictions, la stupidité de la fable ... Voyons, avouez ... Vous n’avez pas tout lu?...
—Non, certes,» dit-elle en frissonnant.