La maison n'avait que deux étages, et il n'y avait pas de concierge. Comme le jeune homme faisait tinter en entrant la sonnette de la petite porte extérieure, une tête surgit hors d'une fenêtre, au premier. Le visiteur s'avança de trois pas et regarda cette tête. Des cheveux gris, partagés en bandeaux et couverts au sommet par une étroite coiffure en tulle noir, encadraient un visage flétri, mais avenant et fin. C'était une femme qui paraissait plutôt vieillie que vieille, car, justement, l'épaisseur de ces bandeaux, fort éloignés encore d'être blancs, et l'éclat de deux yeux foncés, contrastaient avec la pâleur, l'air usé, émacié, de la figure.

Le nouveau venu s'était découvert, et, sans dire un mot, continuait de regarder cette femme.

—Que désirez-vous, monsieur?» demanda-t-elle.

—«Madame Nobert, madame.

—C'est moi.»

Il le savait, celui qui, dès l'apparition à la fenêtre, avait reconnu ce visage et s'étonnait douloureusement de le trouver si dévasté. Aussi, quand elle dit: «C'est moi», il demeura encore immobile, perdu dans sa contemplation rêveuse. Elle dut insister pour savoir ce qu'il souhaitait.

—«Voulez-vous être assez bonne pour me recevoir, madame?

—Montez,» dit-elle simplement.

Elle lui ouvrit un petit salon d'une vulgarité naïve, tout encombré de bibelots disparates, où l'on devinait les souvenirs d'une existence rustique et sentimentale. Il y avait des fleurs sous des globes, des photographies dans des cadres communs, des vases gagnés dans des foires de village, des graminées sèches dans des cornets de porcelaine, toutes sortes d'humbles et laides choses, dont chacune parlait sans doute à celle qui les jugeait précieuses un langage attendrissant.

Tout de suite le regard de Michel se fixa sur une place de la cheminée,—une place d'honneur, devant la pendule,—où se dressait, pâli sous son verre, dans son encadrement de peluche, le portrait d'un gamin de dix ans.