Il eut un mouvement pour arrêter cette femme et ce petit garçon, pour leur parler. Il n'osa pas... Une terreur vague, indicible, le paralysait. Maintenant il y avait de la superstition dans son effroi. Cet enfant n'était-il pas la saisissante image de celui?... Un peu plus grand, il le revoyait dressé sur le fortin de terre au bord de l'allée, criant: «En joue!... Feu!...» tandis qu'Armande,—la mère!...—prise d'un affreux vertige, défaillait, se trahissant pour la première fois!...

Mais ce qui retint aussi l'élan de Pascal, ce fut la prudence inconsciente. Dans l'intrigue dont il sentait autour de lui le réseau, tout geste précipité pouvait déclencher la catastrophe. Se contenir, rester maître de soi, c'était la ligne de conduite la plus évidemment indiquée, et de la sagesse la plus élémentaire.

Cependant le valet de pied, ayant sauté à terre, s'étonnait de l'immobilité de son maître. Celui-ci, rappelé à lui-même par un mouvement du domestique, quitta la victoria, s'avança vers la petite porte.

«De chez Louise!... Cet enfant sortait de chez Louise!...» se disait-il. «Nous allons bien savoir.»

Quand Louise Nobert, appelée par la sonnette de son appartement, se trouva en face du marquis de Malboise, elle ne put retenir un cri.

Depuis des années elle n'avait pas vu cet homme, incarnation de tyrannie domestique, et qui lui en imposait tant autrefois, à l'époque où elle se sentait sous sa main comme un atome,—elle, et aussi les destinées qui lui étaient chères. Mais surtout elle ne l'avait pas vu depuis qu'elle le savait un assassin. Et maintenant que sa répulsion égalait sa crainte, elle se demandait—pauvre vieille femme!—à quelles funestes bévues, pour elle ou d'autres, ne l'entraînerait pas le trouble de cette présence.

—«Louise,» commença le marquis, «votre conscience est-elle tout à fait nette en ce qui me concerne?»

Elle se taisait, tremblante, devant cette impérieuse entrée en matière.

—«Je me suis montré très bon, très généreux à votre égard, Louise,» reprit M. de Malboise. «Jamais je ne vous ai rendue responsable du piège que l'on m'a tendu. Vous en étiez pourtant complice.

—Non, monsieur le marquis,» dit précipitamment la vieille paysanne. «Car j'étais avec mademoiselle Armande, et mademoiselle Armande voulait tout vous dire avant votre mariage, et vous rendre votre parole. Ce sont ses parents qui l'ont forcée. Ce n'était pas à moi de parler, voyons... Personne ne m'en eût fait un devoir.»