—Mon couteau de poche.
—Grand Dieu!» s'exclama Armande. Malgré son sang-froid, l'intrépide fille sentait une sueur se glacer sous ses cheveux. «Vous êtes un héros!» déclara-t-elle avec admiration.
Maintenant, sans plus songer au voisinage redoutable ni même à la précieuse lettre, un sentiment nouveau de pitié émue, d'attendrissement irrésistible, la courbait à genoux, près du blessé. De ses mains patriciennes, elle enlevait la botte boueuse de cet homme, qu'une heure auparavant elle n'avait jamais vu. Elle détacha le mouchoir ensanglanté.
—«Louise... Vite... donne-moi le liniment que je t'ai ordonné d'avoir toujours sous la main... De la charpie, des bandes de toile... Déchire tes draps, ton linge, si tu n'en as pas.»
La blessure de Michel Occana était assez profonde. Malgré l'incroyable endurance du jeune homme, il ne pouvait songer à repartir avant quelques jours.
—«Ce château a des issues secrètes,» lui expliquait Armande. «De ce côté-ci, justement, le parc se termine sur une colline de grès, toute creusée à l'intérieur par d'anciennes carrières, ou plutôt, d'après la légende, par des souterrains percés en prévision d'un siège, à l'époque féodale. Une porte de fer y conduit, dissimulée dans des broussailles. Les Prussiens ne l'ont pas remarquée.
—Mais, mademoiselle,» fit observer Louise, «avec cette neige malencontreuse où tous nos pas marqueront, la cachette sera découverte bien vite.»
Mlle de Solgrès réfléchit. Ses yeux, petits et roux comme ses cheveux, mais en ce moment d'une profondeur noire, étoilée de clartés nouvelles, se fixaient pensivement sur la femme du garde. Une complicité sublime unissait l'héritière noble et la paysanne. En cette dernière, un dévouement naissait qui devait plus tard faire ses preuves. Armande prononça en hésitant:
—«La porte de fer du souterrain est au fond d'un ravin assez abrupt. Peut-être la neige n'a-t-elle pas tenu sur la pente.