On installa l'Italien dans une cavité, retirée comme une alcôve. Puis, malgré ses protestations, Armande et Louise promirent de faire immédiatement un autre voyage pour lui apporter quelques objets de première nécessité.
Les vaillantes créatures le firent comme elles l'avaient dit. Bravant une seconde fois presque les mêmes fatigues et le froid encore accru, elles revinrent une heure plus tard, avec une couverture, un panier de provisions, un réchaud à alcool, une cruche d'eau et un peu de linge.
Avant de se retirer pour la nuit, Armande voulut encore une fois panser la blessure de Michel. Et, sans doute, il y eut à ses doigts légers quelque influence miraculeuse, car, lorsqu'elle fut partie, le volontaire garibaldien ne sentit plus la cuisson et le battement douloureux de sa blessure. Une autre fièvre éloigna de ses yeux le sommeil. Cependant, c'était un lit presque confortable que le sien, creusé dans le sable moelleux, sous la bonne épaisseur de la couverture et du châle, que le jeune homme ramenait autour de ses membres. Vraiment la couche était presque voluptueuse pour un soldat qui, depuis plusieurs jours, dormait à la belle étoile, et, la veille, sur une planche, dans un poste ennemi. Pourtant Michel Occana restait les yeux ouverts parmi ces ténèbres et ce silence, absolus comme au fond d'une tombe. Et il se disait:
«Elle viendra tôt, demain, la noble fille. Quel caractère tout de même, chez une femme! Si Dieu le veut, je la ferai connaître à Garibaldi. Il verra en elle une sœur d'âme de son intrépide Anita.»
II
LES BAISERS TRAGIQUES