Un horrible silence se fit.
Maintenant Lina défaillait sous les prunelles sauvages qu'Almado lui enfonçait jusqu'à l'âme. Il l'avait poussée contre le lit, et la tenait là, demi renversée, prise à l'étau de ses mains barbares, qui lui serraient les bras toujours plus fort, et rapprochant d'elle un visage dévasté de haine.
—«Misérable fille!» gronda-t-il enfin d'une voix basse et furieuse. «On te payait sans doute pour m'espionner...
—Non!... non!...
—Comme l'autre là-bas... tu sais... ton galant de Monte-Carlo... Vous vous entendiez!...
—Miguel!... Pas cela... Oh! non... Mais c'est affreux!...
—Tu sais où il est, n'est-ce pas?... le mouchard...»
Peut-être ne voulait-il encore qu'intimider la malheureuse... Et aussi satisfaire, en la bouleversant d'effroi, une rancune enragée. Mais le châtiment dépassa les forces de la victime. Quand elle entendit l'allusion monstrueuse, elle ne douta pas que l'acte ne suivît immédiatement la tacite menace, et que Miguel ne fût prêt à la supprimer comme il avait supprimé Lauriol. Le souvenir s'évoqua, sinistre, rendant l'appréhension plus insoutenable. Ce fut d'une si vertigineuse angoisse, que le peu de forces resté à Lina y sombra. Elle s'évanouit. Almado la sentit s'effondrer sous ses mains, comme une chose inerte. Elle s'abattit sur le lit, et en aurait glissé, si, d'un mouvement instinctif, il n'eût soulevé les jambes, de sorte qu'elle s'y trouva étendue.
L'homme la contempla. Elle avait l'air d'une morte.
Il se pencha sur ce visage qu'il avait aimé, et qu'il exécrait. Il regarda les lèvres, ces lèvres dangereuses d'où s'exhalaient au hasard toutes les extravagances de la vanité, de la sentimentalité, des scrupules et des hardiesses les plus imprévus, les plus contradictoires. Comment espérer qu'elles ne livreraient pas le secret terrible? Savait-on de quelle fidélité ou de quelle traîtrise, de quelle prudence ou de quelle folie, était capable la faible et instinctive créature? S'il s'assurait de son éternel silence, qui le saurait? Il n'était Almado que pour elle, et pour les comparses de leur vie galante, de ces gens qui n'aiment guère à éclairer la justice. Un plan rapide se dessina dans sa tête. La simulation d'un cambriolage, qui pouvait s'être produit après son départ, car il ne passait presque jamais la nuit. Puis la fuite facile, la cachette sûre... Ensuite un asile tout préparé par le destin, où l'attendait un dévouement aveugle, prêt à le seconder passivement, où il trouverait un autre nom, une autre peau, pour ainsi dire, dans laquelle il s'insinuerait d'une minute à l'autre.