—Voyons...» dit le juge, risquant une facétie, «je ne peux pourtant pas vous faire accompagner par un agent qui serait sourd.
—Postez l'agent de l'autre côté d'une porte vitrée, d'où il verra tout sans saisir un seul mot. Placez-moi à portée d'une de ces sonneries électriques qu'on déclenche en appuyant le pied sur le tapis, comme vous devez en avoir au Palais. Mettez les menottes au prisonnier. Que sais-je?...»
Le magistrat se grattait le front.
—«Madame, vous pouvez bien dire que si je consens à une aussi extraordinaire démarche, c'est seulement à cause de l'admirable mission de bienfaisance à laquelle vous vous consacrez. Votre zèle humanitaire...»
La marquise l'interrompit.
—«Vous consentez, monsieur?... Combien je vous remercie! Quand puis-je parler au prévenu?
—Mais... tout de suite, si vous le souhaitez. Je vais prendre les mesures nécessaires.
—Chère amie,» dit Régine à Mme Varouze, «rentrez chez vous. Aussitôt de retour rue de Babylone, je vous téléphonerai. Et vous viendrez me retrouver pour savoir le résultat de ce que je tente. J'espère rendre quelque sécurité à votre pauvre cœur.»
Le juge d'instruction, avec son habitude de noter les moindres détails, remarqua que la marquise de Malboise ne proposait pas de courir elle-même chez Mme Varouze en sortant du Palais. Cela le dérouta, dans un si vif élan d'activité généreuse. «Il doit y avoir une raison,» pensa-t-il. «Ah! peut-être... le mari...» Il devina quelque roman là où gisait un drame.
Jamais la marquise de Malboise n'avait remis les pieds dans la maison d'André Varouze depuis l'inoubliable scène. Jamais elle n'avait adressé la parole à cet homme. Parfois elle l'avait rencontré dans la rue ou à quelque messe funèbre—seule cérémonie officielle où elle allât depuis son mariage qui fut en même temps son veuvage. L'ancien directeur du cabinet au Ministère de la justice, maintenant conseiller à la Cour de Cassation et officier de la Légion d'honneur, lui adressait toujours un salut profond. Elle ne répondait pas et détournait la tête.