La Louison s'approcha de la fenêtre... Mais aussitôt, d'un mouvement effaré, elle se rejeta en arrière.

—«Cachez-vous!... Mon Dieu!... Cachez-vous!... Les voilà!...» souffla-t-elle.

En même temps, preste et résolue, elle ouvrait une porte, poussait Michel vers l'intérieur.

—«Là... derrière les rideaux du lit... Ne remuez pas... N'avancez pas... La porte est vitrée... Soyez tranquille... Je les éloignerai... Ils ne viennent pas pour vous.»

Après un premier instant d'effroi, Louise, en effet, qui avait reconnu le colonel faisait cette réflexion:

«Cet enragé-là n'a que sa marotte en tête. Il va me conter son boniment... Je lui promettrai tout ce qu'il voudra pour le faire partir. Nous verrons bien ensuite.»

Elle ne se trompait pas. Bien qu'elle eût aperçu—ou cru apercevoir, dans son saisissement—plusieurs casques à pointe, l'officier supérieur prussien apparut seul,—d'ailleurs, sans avoir pris la peine de frapper.

«Voilà donc,» pensait Louise, «pourquoi Mademoiselle ne se montrait pas. Elle aura vu ce coco-là sortir du château et s'enfoncer dans le parc... Elle n'aura pas voulu lui donner l'éveil. Mais quel sang elle doit se faire si elle s'est aperçue qu'il venait ici!...»

La paysanne se préoccupait des autres plus que d'elle-même. Trop femme d'ailleurs, malgré sa rusticité, pour ne pas supposer qu'elle allait faire tout ce qu'elle voudrait d'un homme aveuglé par le désir. Pourtant, aux premiers mots de l'Allemand, elle se sentit panteler de terreur.

—«Eh pien, la pelle,» jargonna-t-il, «on s'est donc moqué de moi l'autre jour?... On a donc cru qu'un colonel de l'armée royale de Prusse, ça se traitait comme un rustre, un laboureur de France?... Vous faites erreur, ma petite. Pour qui vous prenez-vous?... De plus grandes dames que vous n'ont pas fait tant de façons depuis que je me promène dans votre beau pays.