Dans la salle de billard, sous les suspensions claires, qui faisaient briller l'ivoire puéril tout prêt à rouler pour le choc des carambolages, sur ces hommes en attirail martial, qui allaient, par le jeu de lois indiscutées et sombres, disposer de la vie d'un autre, un silence profond descendit. Ce qui flotta, indistinct, formidable, ce fut l'âme adverse des races. Elles s'étonnèrent de leur lutte... Mais tout de suite, la haine aveugle les souleva. Un peu d'infini avait passé, reliant aux grandes causes obscures cet infime épisode de guerre.
Et tout continua suivant l'ordre. Le colonel eut à voix basse une courte délibération avec ses deux assesseurs. Il prit le procès-verbal de la séance des mains du sergent, le fit signer au capitaine, puis au lieutenant, après l'avoir signé lui-même. Alors il se leva et dit:
—«La sentence du conseil est: la mort.»
Peu habitué à la solennité de ses fonctions, ce lourd officier brandebourgeois éprouva d'ailleurs un instant de trouble. Son visage pâlit. Il jeta un regard perplexe alentour, puis il ôta son casque, et s'adressant au condamné avec une certaine déférence:
—«Monsieur, vous serez fusillé au point du jour. Avez-vous quelque révélation à faire ou quelque désir à exprimer?
—Je voudrais,» dit Michel, «être exécuté devant le perron nord du château, du côté du parc, la figure tournée vers la façade, et qu'on ne me bandât pas les yeux.»
Le colonel consulta d'un signe ses subordonnés et répondit:
—«Le conseil vous l'accorde.»
Et il donna quelques ordres en allemand, après lesquels le condamné fut emmené hors de la salle.