Celui-ci éclata, de cette colère sourde et basse qu'imposait le mystère de leur entretien.

—«Mais alors tout ce que nous avons fait pour toi, malheureuse, n'est qu'une duperie!... Mon but est de te voir mariée avant ma mort. C'est mon seul moyen d'assurer le succès de tant d'efforts, et de t'empêcher de galvauder notre nom... Car je lis dans ton âme inflexible, Armande... Tu le donnerais tôt ou tard à cet enfant de malheur, à ce fils d'aventurier...

—De héros, mon père!...» s'écria-t-elle, tandis que son terne visage tout à coup resplendissait.

—«Oui... Soit!... Il fut brave... Mais nous avons pris nos informations en secret. C'était un fils de famille dévoyé... Et de quelle famille!... Joueurs, duellistes et casse-cou, ce que deviennent dans notre civilisation, où ils n'ont plus de place, les condottieri...»

Armande voulut interrompre. Un geste violent de son père l'arrêta.

—«Assez!... Vas-tu peut-être te targuer de ta faute?... Sans mon énergie, tu en viendrais là, ma parole!...

—Son ingratitude est inconcevable,» murmura la comtesse.

M. de Solgrès reprit:

—«Oui ou non, Armande veux-tu prêter le serment que j'exige de toi?... Tu es libre de t'y refuser. Mais sache-le... Dans ce cas, j'éloigne à jamais l'enfant. Et si sa mère,»—il appuya sur le mot en regardant au fond des yeux sa fille, qui frémit visiblement,—«si sa mère, Louise Bellard, a l'imprudence de te soutenir et de me résister, je chasse les parents...»