Pour peindre l'état d'exaltation amoureuse où vivait Mme de Sélys, on ne saurait mieux faire que de transcrire la lettre en vers qu'elle écrivit à Philippe d'Orlhac, au lendemain de cette soirée où peu s'en était fallu qu'ils ne mourussent ensemble, sans autre cause d'une si criminelle folie que l'excès même de leurs sensations.
La pauvre femme si coupable, et qui allait tellement en souffrir, a mérité, — ne fût-ce que par la sincérité de sa nature et son noble besoin de sacrifice en amour, — la divulgation (qui, si ce n'était pour la justifier en une certaine mesure, serait une trahison) de la page où elle exhala son cri de passion et son vœu de mort. L'appréhension, la mélancolie qui lui inspiraient ce vœu, sauvent la hardiesse de la confession sensuelle. Et l'accent de fatalité donne à penser qu'un tel amour échappait peut-être au contrôle de la volonté humaine, et doit, par conséquent, rester soustrait à la condamnation des jugements humains.
Voici les strophes que reçut Philippe, dans la petite maison de la rue Ribéra : — strophes qui le jetèrent dans le plus délicieux enivrement du cœur et des sens, — vers de flamme et de caresse auxquels il dut l'heure la plus merveilleuse de sa vie, et que pourtant, par l'inconséquence des passions humaines, il allait transformer bientôt en un instrument de torture morale, — le plus atrocement cruel, — pour la femme adorée qui les lui adressait.
A PHILIPPE
Tes dents ont marqué ma chair
De mille morsures.
Signes des voluptés sûres,
Fleurissez, ô meurtrissures
Du bonheur qui m'est si cher!
Ces violettes pâlies