— « Adieu, petite maîtresse. »
Elle le regardait, gentiment sournoise. Il ne bronchait pas.
— « Oh! méchant. Tu serais bien fâché si je te prenais au mot. J'ai pitié de toi… Viens-y sur ce fameux banc… »
C'était encore un demi-tour d'allée, quelques parcelles de bonheur, les dernières miettes du festin de volupté, que leur simulacre de querelle rendait plus savoureuses. Et, après une longue, une profonde communion de leurs lèvres, ils se quittaient dans la soudaine gravité qu'ont les adieux de ceux qui s'aiment, alors même qu'ils doivent se revoir demain, quand jusqu'à demain c'est toute la vie qui les sépare.
Encore une fois, dans ce jour mourant de février, Marcienne et Philippe sont assis sur le banc de pierre, encore une fois leurs bras s'étreignent, encore une fois leurs bouches, si bien faites l'une pour l'autre, s'effleurent en un baiser d'une finesse divine…
Sur leurs têtes, le treillis du berceau découpe de pâles petits losanges de ciel. Autour d'eux l'ombre s'épaissit mystérieusement. Une clarté veille dans leur muette maison d'amour. Des souffles passent, chargés d'un parfum de branches vivantes.
Le silence est profond sur les jardins noirs. Mais un léger tintement d'acier sonne à l'oreille des amants la minute qui s'efface… Devant la porte, dans le désert de la rue, c'est le cheval du fiacre dont les mâchoires lasses secouent le mors et font cliqueter la gourmette.
IX
Le lendemain, à l'heure où Philippe commençait à espérer la venue de Marcienne, une grande anxiété saisit tout à coup le jeune homme.
Il ne devait guère compter sur la visite de sa maîtresse. Elle avait pu s'échapper la veille pour accourir vers lui, mais, depuis la maladie de Charlotte, de tels moments se faisaient de plus en plus rares. Comment les retrouver si la situation empirait? Et quel affreux intervalle de deuil ne faudrait-il pas subir s'il arrivait malheur à cette pauvre jeune femme!