Une porte voisine s’ouvrit. Une femme avança la tête avec curiosité. Voyant le charmant garçon qui restait en détresse, elle s’empressa, se montra tout entière, en peignoir d’un bleu cru, garni d’horribles dentelles cotonneuses, les pieds nus dans des savates.
Elle n’eût pas été laide, en paysanne ou en servante. Mais sa fraîcheur commune, et même sa jeunesse, disparaissaient sous un atroce maquillage. Une poupée de bazar à bon marché. La voix humaine sortant de ce masque faisait un effet presque sinistre.
—«Vous demandez monsieur Escaldas?» fit-elle en minaudant. «Il n’est pas sorti, j’en suis sûre. Car il a fait un vrai potin, cet après-midi. Il a dû changer ses meubles de place.
—Vers quelle heure?
—Une heure et demie peut-être. Je le sais parce que j’ai reçu un ami vers deux heures. Et je lui ai même dit: «J’espère bien que mon voisin va enfin rester tranquille.»
—Mais monsieur Escaldas a pu sortir ensuite.
—Ça n’est pas probable. Je l’aurais entendu. Il frappe toujours sa porte assez fort.
—C’est drôle,» dit Gilbert en regardant cette porte close.
Un sentiment bizarre l’envahissait. Le Bolivien lui avait recommandé de ne pas venir entre une heure et trois. Cependant il ne sortait pas, puisqu’il avait dit à la concierge qu’il ne bougeait point de sa chambre. Pourquoi ce bruit, à ce moment, chez lui? A quelle occupation tapageuse réservait-il donc ces deux heures?
Maintenant, dans l’esprit du prince, l’obstination avec laquelle Escaldas avait cherché, la veille, à le rencontrer, le mot pressant écrit sur sa carte et les circonstances d’aujourd’hui, formaient un ensemble inquiétant.