—«Sa cervelle!... que je lui ai fricassée pour son déjeuner, et qui est sur le tapis, à côté de l’assiette, avec le bondon de son dessert. Tout est jeté là. Qu’est-ce qui s’est passé, mon Dieu?»
Le quiproquo manifeste laissait intact le mystère. Aussi les assistants ne pensèrent-ils même pas à rire, lorsqu’ils surent que ce qui gisait dans la chambre muette était une cervelle de mouton frite, et non la partie pensante d’un être humain. Quelque chose de tragique avait dû se passer là dedans, de l’autre côté de cette porte, dont la banalité prenait tout à coup une physionomie poignante, avec l’obstination de son panneau immobile, et le scintillement, à sa serrure, d’un petit œil de lumière.
—«Il faut faire ouvrir cette porte. Je le prends sur moi,» déclara le prince.
—«Je vais aller chercher mon mari,» dit Mme Plu.
Un temps se passa. Puis on vit arriver Hippolyte Plu, commissionnaire, la plaque de cuivre au côté de sa veste comme un crachat de grand-croix.
Il hocha une bonne grosse tête grise, après avoir longuement regardé la porte du 27. Puis il émit l’idée que ça n’avait pas de bon sens, qu’il n’y avait pas de quoi se flanquer la frousse, que ses locataires étaient libres d’aller se promener, ou même de cuver tranquillement leur vin chez eux, après avoir fichu tout en l’air, sans qu’on eût pour ça le droit de violer leur domicile.
—«Je ne m’en irai pas,» dit Gairlance, «avant qu’on ait ouvert. Allez chercher le commissaire de police, si bon vous semble. Je vous dis que je le prends sur moi.»
L’autorité de ses façons, la distinction de sa personne, en imposèrent. M. Plu se rappela qu’il devait avoir une autre clef, ouvrant le 27. Pendant qu’il allait la quérir, quelqu’un de plus curieux que les autres ramena le serrurier d’en face.
—«Est-ce que vous êtes monsieur le commissaire?» demanda l’ouvrier au prince de Villingen.
—«Allez toujours. C’est mon affaire,» répliqua celui-ci, qui s’enfiévrait.